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Dieu n’a pas rejeté son peuple
*******************************************
Epître aux Romains, chap.
9 – 11.
« Je dis la vérité en Christ, je ne mens pas, ma conscience m’en rend témoignage
par le Saint Esprit : J’ai une grande tristesse et un chagrin continuel dans le
coeur.
Car je
souhaiterais être moi-même anathème et séparé du Christ pour mes frères, mes
parents selon la chair, qui sont les Israélites, à qui appartiennent l’adoption,
la gloire, les alliances, la loi, le culte, les promesses, les patriarches, et
de qui est issu, selon la chair, le Christ, qui est au-dessus de toutes choses,
Dieu béni éternellement. Amen !
Ce n’est pas que la parole de
Dieu soit devenue caduque. Car tous ceux qui descendent d’Israël ne sont pas
Israël. Parce qu’ils sont la descendance d’Abraham, tous ne sont pas ses
enfants ; mais il est dit : En Isaäc tu auras une descendance appelée de ton
nom, c’est-à-dire : ce ne sont pas les enfants de la chair qui sont enfants de
Dieu, mais ce sont les enfants de la promesse qui sont comptés comme
descendance.
Voici, en effet, la parole de la
promesse : A cette même époque, je viendrai et Sara aura un fils.
Bien plus, il en fut ainsi de
Rébecca, qui conçut seulement d’ Isaäc notre père ; car les enfants n’étaient
pas encore nés et ils n’avaient fait ni bien ni mal, pourtant – afin que le
dessein de Dieu demeure selon l’élection qui dépend non des oeuvres, mais de
celui qui appelle – il fut dit à Rébecca : L’aîné sera asservi au plus jeune,
selon qu’il est écrit : J’ai aimé Jacob et j’ai haï Esaü.
Que dirons-nous donc ? Y a-t-il
en Dieu de l’injustice ? Certes non ! Car il dit à Moïse : Je ferai miséricorde
à qui je ferai miséricorde, et j’aurai compassion de qui j’aurai compassion.
Ainsi donc, cela ne dépend ni de celui qui veut, ni de celui qui court, mais de
Dieu qui fait miséricorde.
Car l’Ecriture dit à Pharaon : Je
t’ai suscité tout exprès pour montrer en toi ma puissance et pour que mon nom
soit publié par toute la terre. Ainsi, il fait miséricorde à qui il veut, et il
endurcit qui il veut.
Tu me diras donc : Qu’a-t-il
encore à blâmer ? Car qui résiste à sa volonté ?
Toi plutôt, qui es-tu pour
discuter avec Dieu ? Le vase modelé dira-t-il à un modeleur : Pourquoi m’as-tu
fait ainsi ? Le potier n’est-il pas maître de l’argile, pour faire avec la même
pâte un vase destiné à l’honneur et un vase destiné au mépris ?
Et si Dieu, voulant montrer sa
colère et faire connaître sa puissance, a supporté avec une grande patience des
vases de colère formés pour la perdition ? Et s’il a voulu faire connaître la
richesse de sa gloire à des vases de miséricorde qu’il a d’avance préparés pour
la gloire ? C’est-à-dire à nous qu’il a appelés, non seulement d’entre les
Juifs, mais encore d’entre les païens, comme il le dit dans Osée : Celui qui
n’était pas mon peuple, je l’appellerai mon peuple, et celle qui n’était pas la
bien-aimée, je l’appellerai bien-aimée ; et là même où on leur disait : vous
n’êtes pas mon peuple ! ils seront appelés fils du Dieu vivant.
Esaïe, de son côté, s’écrie au
sujet d’Israël : Quand le nombre des fils d’Israël serait comme le sable de la
mer, un reste seulement sera sauvé. Car le Seigneur exécutera pleinement et
promptement sa parole sur la terre.
Et, comme Esaïe l’avait dit
auparavant : Si l’Eternel des armées ne nous avait laissé un germe, nous serions
devenus comme Sodome, nous aurions été semblables à Gomorrhe.
Que dirons-nous donc ? Les
païens, qui ne recherchaient pas la justice, ont obtenu la justice – la justice
qui vient de la foi – tandis qu’Israël, qui recherchait une loi qui donne la
justice, n’est pas parvenu à cette loi. Pourquoi ? Parce qu’Israël l’a cherchée,
non par la foi, mais comme provenant des oeuvres, ils se sont heurtés à la
pierre d’achoppement, selon qu’il est écrit : Voici, je mets en Sion une pierre
d’achoppement et un rocher de scandale, et celui qui croit en lui ne sera pas
confus.
Frères, le voeu de mon coeur et
ma prière à Dieu pour eux, c’est qu’ils soient sauvés. Car je leur rends ce
témoignage, qu’ils ont du zèle pour Dieu, mais sans connaissance.
En ignorant la justice de Dieu,
et en cherchant à établir leur propre justice, ils ne se sont pas soumis à la
justice de Dieu ; car Christ est la fin de la loi, en vue de la justice pour
tout croyant.
En effet, Moïse écrit à propos de
la justice qui vient de la foi : L’homme qui la mettra
en pratique vivra par elle.
Mais voici comment parle la
justice qui vient de la foi : Ne dis pas en ton coeur : Qui montera au ciel ?
C’est en faire descendre Christ ; ou : Qui descendra dans l’abîme ? C’est faire
remonter Christ d’entre les morts.
Que dit-elle donc ? La parole est
près de toi, dans ta bouche et dans ton coeur. Or, c’est la parole de la foi que
nous prêchons. Si tu confesses de ta bouche le Seigneur
Jésus, et si tu crois dans ton coeur que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts,
tu seras sauvé. Car en croyant du coeur on parvient à la justice, et en
confessant de la bouche on parvient au salut, selon ce que dit l’Ecriture :
Quiconque croit en lui ne sera pas confus.
Il n’y a pas de différence, en
effet, entre le Juif et le Grec : ils ont tous le même Seigneur, qui est riche
pour tous ceux qui l’invoquent. Car quiconque invoquera le nom du Seigneur sera
sauvé.
Comment donc invoqueront-ils
celui en qui ils n’ont pas cru ? Et comment croiront-ils en celui dont ils n’ont
pas entendu parler ? Et comment entendront-ils parler de lui, sans
prédicateurs ?
Et comment y aura-t-il des
prédicateurs, s’ils ne sont pas envoyés ? selon qu’il est écrit : Qu’ils sont
beaux, les pieds de ceux qui annoncent de bonnes nouvelles.
Mais tous n’ont pas obéi à la
bonne nouvelle. Aussi Esaïe dit-il : Seigneur, qui a cru à ce que nous avons
fait entendre ? Ainsi la foi vient de ce qu’on entend, et ce qu’on entend vient
de la parole du Christ. Mais je dis : N’ont-ils pas entendu ? Au contraire !
Leur voix est allée par toute la terre, et leurs paroles jusqu’aux extrémités du
monde. Mais je dis : Israël ne l’a-t-il pas su ?
Le premier, Moïse dit : Je vous
rendrai jaloux de ce qui n’est pas une nation ; par une nation sans
intelligence, je provoquerai votre irritation. Et Esaïe pousse la hardiesse
jusqu’à dire : J’ai été trouvé par ceux qui ne me cherchaient pas, Je me suis
manifesté à ceux qui ne m’interrogeaient pas. Mais à l’égard d’Israël il dit :
Tout le jour j’ai tendu mes mains vers un peuple rebelle et contredisant.
Je dis donc : Dieu a-t-il rejeté son peuple ? Certes non !
Car moi aussi, je suis Israélite, de la descendance d’Abraham, de la tribu de
Benjamin. Dieu n’a pas rejeté son peuple qu’il a connu d’avance. Ne savez-vous
pas ce que dit l’Ecriture dans le passage où Elie adresse à Dieu cette plainte
contre Israël : Seigneur, ils ont tué tes prophètes, ils ont renversé tes
autels ; je suis resté moi seul, et ils cherchent à m’ôter la vie ? Mais quelle
est la réponse divine ? Je me suis réservé sept mille hommes, qui n’ont pas
fléchi le genou devant Baal.
De même aussi, dans le temps
présent, il y a un reste selon l’élection de la grâce. Or, si c’est par grâce,
ce n’est plus par les oeuvres ; autrement la grâce n’est plus la grâce.
Quoi donc ? Ce qu’Israël cherche,
il ne l’a pas obtenu, mais les élus l’ont obtenu, les autres ont été endurcis,
selon qu’il est écrit : Dieu leur a donné un esprit d’assoupissement, des yeux
pour ne pas voir, et des oreilles pour ne pas entendre, jusqu’à ce jour. Et
David dit : Que leur table soit pour eux un piège, un filet, une occasion de
chute, et une rétribution ! Que leurs yeux soient obscurcis pour ne pas voir, et
tiens continuellement leur dos courbé !
Je dis donc : Ont-ils trébuché
afin de tomber ? Certes non ! Mais, par leur chute, le salut a été donné aux
païens, afin de provoquer leur jalousie. Or, si leur chute a été la richesse du
monde, et leur défaite la richesse des païens, combien plus en sera-t-il ainsi
de leur complet relèvement ?
Je vous le dis à vous, païens :
en tant qu’apôtre des païens, moi je glorifie mon ministère, afin, s’il est
possible, de provoquer la jalousie parmi ceux de ma race et d’en sauver
quelques-uns.
Car si leur mise à l’écart a été
la réconciliation du monde, que sera leur réintégration, sinon une vie d’entre
les morts ?
Or, si les prémices sont saintes,
la pâte l’est aussi ; et si la racine est sainte, les branches le sont aussi.
Mais si quelques-unes des branches ont été retranchées, et si toi, olivier
sauvage, tu as été greffé à leur place, et si tu as participé à la racine et à
la sève de l’olivier, ne te glorifie pas au dépens des branches. Si tu te
glorifies, sache que ce n’est pas toi qui portes la racine, mais que c’est la
racine qui te porte. Tu diras donc : des branches ont été retranchées, afin que
moi, je sois greffé. Fort bien ; elles ont été retranchées à cause de leur
manque de foi, et toi, tu subsistes par la foi. N’aie pas de pensées hautaines,
mais de la crainte ; car si Dieu n’a pas épargné les branches naturelles, il ne
t’épargnera pas non plus.
Considère donc la bonté et la
sévérité de Dieu : sévérité envers ceux qui sont tombés, et bonté de Dieu envers
toi, si tu demeures dans cette bonté ; autrement, toi aussi tu seras retranché.
Eux de même, s’ils ne demeurent
pas dans l’incrédulité, ils seront greffés ; car Dieu est puissant pour les
greffer de nouveau.
Si toi, tu as été coupé de
l’olivier naturellement sauvage et, contrairement à ta nature, greffé sur
l’olivier franc, à plus forte raison eux seront-ils greffés selon leur nature
sur leur propre olivier.
Car je ne veux pas, frères, que
vous ignoriez ce mystère, afin que vous ne vous regardiez pas comme sages :
il y a endurcissement partiel d’Israël jusqu’à ce que la totalité des païens
soit entrée. Et ainsi tout Israël sera sauvé, selon qu’il est écrit : Le
libérateur viendra de Sion, il détournera de Jacob les impiétés ; et telle sera
mon alliance avec eux, lorsque j’ôterai leurs péchés.
En ce qui concerne l’Evangile,
ils sont ennemis à cause de vous ; mais en ce qui concerne l’élection, ils sont
aimés à cause de leurs pères. Car les dons gratuits et l’appel de Dieu sont
irrévocables.
De même que vous avez
autrefois désobéi à Dieu et que par leur désobéissance vous avez maintenant
obtenu miséricorde, de même ils ont maintenant désobéi à votre miséricorde, afin
de devenir, eux aussi, des objets de miséricorde.
Car Dieu a enfermé tous les
hommes dans la désobéissance, pour faire miséricorde à tous.
O profondeur de la richesse, de
la sagesse et de la connaissance de Dieu ! Que ses jugements sont insondables et
ses voies incompréhensibles ! En effet, qui a connu la pensée du Seigneur, ou
qui a été son conseiller ? Qui lui a donné le premier, pour qu’il ait à recevoir
en retour ? Tout est de lui, par lui et pour lui ! A lui la gloire dans tous les
siècles. Amen ! »
*********************************************************************************************
Les premiers chapitres de l’épître aux Romains ont placé tous les hommes, Juifs
ou païens, au même niveau, soit quant à la culpabilité, soit quant au moyen de
la justification par la grâce. Il s’agissait maintenant de montrer comment cette
doctrine de la justification par la foi se concilie avec les promesses
inconditionnelles faites aux Juifs. Il faut, en effet, remarquer que si la
désobéissance des Juifs sous la loi les privait des bénédictions établies selon
les termes de cette loi, cela ne pouvait annuler les promesses faites sans
condition à Abraham, de sorte qu'il restait là un point à éclaircir. C’est le
but des chapitres 9 à 11 de notre épître.
La manière dont l’apôtre introduit son sujet est bien remarquable. Il invoque
Christ, sa conscience et le Saint Esprit comme témoins de la grande affection
qu’il a pour son peuple. On pouvait l’accuser de renier sa nation, alors qu’il
avait une grande tristesse et une douleur continuelle dans son coeur à cause
d’elle, en voyant son état d’incrédulité. Il égalait un Moïse dans son affection
pour son peuple. Si Moïse avait pu dire, en effet, en Exode 32 :
« Pardonne-leur, sinon efface-moi de ton livre », Paul dit ici que lui-même
avait « souhaité d’être, par anathème, séparé du Christ pour ses frères, ses
parents selon la chair. » Vouloir se sacrifier ainsi indiquait une affection
ardente, mais qui devait demeurer stérile, attendu que Christ seul avait la
capacité et le pouvoir de se donner pour d’autres.
Après cela, il énumère tous les privilèges de sa nation, en dehors de toute
question de responsabilité : ils sont Israélites,
c’est-à-dire descendants d’Israël, nom de distinction donné à Jacob, en Gen. 32.
Comme peuple, ils ont
l’adoption, puisqu’en Ex. 4, l’Eternel dit à
Pharaon : « Israël est mon fils, mon premier-né. » Ils ont
la gloire, en tant que la présence de Dieu en
gloire avait été au milieu d’eux. Ils avaient été honorés de plusieurs
alliances avec Dieu qui même en avait promis une
nouvelle. Ils avaient eu la loi au Sinaï, et le
service divin avait été réglé pour eux par Dieu
lui-même dans les ordonnances lévitiques. Ils étaient héritiers des
promesses. Leurs ancêtres, les pères, avaient été
des hommes distingués entre tous, à partir d’Abraham, Isaac, Jacob, etc.
Mais le plus glorieux de leurs privilèges avait été que de leur nation, selon la
chair, était issu le Christ qui est sur toutes choses Dieu béni éternellement.
Il était impossible à l’apôtre d’oublier ces choses.
Dans les versets 6 – 13 du chap. 9, l’apôtre montre que les voies de Dieu envers
Israël ont à leur base deux grands principes : l’autorité de sa Parole et la
souveraineté de Dieu quant à l’élection.
Les Juifs se réclamaient du titre d’enfants d’Abraham selon la chair et en
déduisaient leur droit aux promesses. Mais, en fait, il y avait d’autres
descendants d’Abraham, tels qu’Ismaël et Esaü, qui auraient pu revendiquer le
même droit pour leur postérité s’il n’y avait pas eu, en outre, en faveur du
peuple juif, l’autorité de la parole de Dieu. Il y avait, en effet, une parole
de promesse en Gen. 18 : 10, confirmée en Gen. 21 : 12, où nous lisons : « En
Isaac, te sera appelée une semence. »
Puis, quant au principe de l’élection qui repose sur la souveraineté de Dieu,
l’apôtre rappelle non seulement Isaac, choisi plutôt qu’Ismaël, mais aussi
Jacob, choisi plutôt qu’Esaü.
A l’égard d’Ismaël, on pouvait objecter qu’il n’était pas de la même mère
qu’Isaac, mais il n’en était pas de même pour Jacob et Esaü, qui étaient même
jumeaux. Cependant, le propos de Dieu, sur le principe de l’élection, déclare
avant leur naissance, avant qu’ils eussent rien fait de bon ou de mauvais, que
le plus grand serait asservi au plus petit. L’apôtre cite en même temps Malachie
1 : 2 – 3, en disant : « Ainsi qu’il est écrit : J’ai aimé Jacob et j’ai haï
Esaü. » Il faut remarquer ici que, si l’asservissement du plus grand au plus
petit a été prononcé avant la naissance de Jacob et d’Esaü, l’affirmation
d’avoir aimé l’un et haï l’autre n’a été prononcée que douze siècles après leur
mort et est en rapport avec ce qu’ils avaient manifesté dans leur vie. Jamais la
Parole ne dirait que Dieu a haï quelqu’un avant sa naissance, mais Dieu juge sa
vie, quand cet individu a fait lui-même son histoire. Esaü s’était montré
profane en méprisant son droit de premier-né, tandis que Jacob, malgré ses
imperfections, avait pourtant montré qu’il estimait comme une bénédiction de
faire suite à la lignée des pères.
Le raisonnement humain dira à ce sujet qu’il y a de l’injustice en Dieu, en ce
qu’il choisit l’un et laisse l’autre. L’apôtre y répond en donnant une preuve du
contraire, tirée de l’histoire du peuple juif, et montrant que Dieu, au lieu de
faire apparaître la justice, ce qui lui était bien facile, en détruisant le
peuple, a préféré faire apparaître sa miséricorde. Après le veau d’or, en effet,
et sur l’intercession de Moïse, Dieu use de sa souveraineté pour faire
miséricorde au peuple, au lieu de le consumer comme il le méritait : « Je ferai
miséricorde à celui à qui je fais miséricorde, et j’aurai compassion de qui j’ai
compassion. » (Ex. 33 : 19). Or, si tout détruire eut été de la justice, on ne
peut pas en déduire que faire miséricorde soit de l’injustice, même si cette
miséricorde est limitée dans ses effets, car Dieu est toujours maître de faire
ce qu’il veut, et s’il veut faire miséricorde, cela dépend de lui seul. « Ce
n’est donc pas de celui qui veut, ni de celui qui court, mais de Dieu qui fait
miséricorde. » Le peuple avait voulu le veau d’or, il avait couru après l’
idôlatrie, c’était tout ce qu’il avait pu faire, de sorte que s’il a subsisté,
cela n’était dû qu’à la miséricorde de Dieu, car, sans cela, Moïse et Josué
seuls eussent été épargnés.
Ensuite, l’apôtre présente un autre côté des voies de Dieu en rappelant ce qui
est arrivé à Pharaon. Celui-ci s’était moqué de Dieu en disant : « Qui est
l’Eternel pour que j’obéisse à sa voix et que je laisse aller Israël ? Je ne
connais pas l’Eternel, et je ne laisserai pas non plus aller Israël. » (Ex. 5 :
2). Puis, sous les coups de la verge divine, qui révélaient la puissance de
Celui qu’il disait ne pas connaître, il endurcit son coeur. A la suite des cinq
premières plaies, on retrouve toujours cette phrase : « Et Pharaon endurcit son
coeur. » Alors, après un temps de patience prolongé, Dieu exécute sur lui un
jugement moral : Il endurcit le coeur du Pharaon. (Ex. 9 : 12) C’est ainsi que
Pharaon se trouva suscité, pour que Dieu montrât en lui sa puissance,
c’est-à-dire qu’il est Dieu et qu’il est inutile à un ver de terre d’essayer de
lui jeter un défi. Et cette démonstration a été faite sur un grand de la terre,
pour que toute la terre apprenne la puissance de Dieu.
L’apôtre conclut en disant : « Ainsi donc il fait miséricorde à qui il veut, et
il endurcit qui il veut. La force du passage est dans l’expression « il veut. »
Il a voulu faire miséricorde à son peuple et endurcir le coeur du Pharaon, alors
que la simple justice aurait été de les consumer tous deux.
A cela, le raisonnement humain objectera encore que, puisque Dieu est souverain
et que c’est sa volonté qui s’exécute quand même, il n’a pas à se plaindre. Ceci
dépasse les bornes de ce qui est permis à une créature. C’est faire comme Job
qui, pour se justifier, accusait Dieu. Il faut dès lors faire taire la créature
par un argument sans réplique. A Job, Dieu dit : « D’aucune de ses actions, Il
ne rend compte. » (Job 33 : 13) Ici, il dit : « Qui es-tu, toi, o homme, qui
contestes contre Dieu ? » Un peu d’argile, inerte entre les mains du potier,
c’est-à-dire ayant perdu tous ses droits par son péché et entièrement à la merci
de Dieu. Le potier est libre, l’argile ne peut raisonner.
En ce qui concerne le Pharaon, on pourrait être étonné de l’expression : « Dieu
voulant montrer sa colère, » mais nous devons nous souvenir que la colère de
Dieu contre le mal fait partie de sa gloire, surtout si l’on se rappelle qu’elle
s’exécute après l’exercice de la patience. C’est ce que l’apôtre dit aussi au
premier chapitre de cette épître : La colère de Dieu était révélée du ciel ; et
au chap. 2, que l’homme, par son impénitence, s’amassait pour lui-même « la
colère, dans le jour de la colère et de la révélation du juste jugement de
Dieu. » Beaucoup d’autres passages de la Parole nous avertissent de cette
colère, tels que Jean 3 : 36 ; Col. 3 : 6 ; 1 Thess. 1 : 10, etc.
Dieu a donc supporté avec une grande patience des vases de colère, tels que le
Pharaon et d’autres, tout préparés pour la destruction.
Ce n’est pas Dieu qui les a ainsi préparés ; ils se sont préparés eux-mêmes, par
leur dureté et leur coeur sans repentance (Rom. 2 : 5), à servir de
manifestation de la colère et de la puissance de Dieu, pour sa gloire.
Mais le v. 23 du chap. 9 nous présente un autre côté de la gloire de Dieu,
appelé « les richesses de sa gloire » et, ici, c’est
Dieu lui-même qui a préparé d’avance des vases de miséricorde et qui, ensuite,
les a appelés. Dieu voulait avoir pour lui de tels vases, et il les a
préparés à l’avance. Quelqu’un a dit : « Il fallait bien qu’il en préparât, s’il
voulait en avoir. » Oui, sans l’élection personne ne serait sauvé. Laissé à
lui-même, l’homme ne se serait pas tourné vers Dieu, il aurait eu fatalement sa
part avec Satan pour l’éternité. Aussi, en remplissant son ciel de bienheureux,
Dieu en retirera une gloire toute particulière, comme il est dit en Eph. 1 : 6 :
« A la louange de la gloire de sa grâce, » et, au v. 18 : « Et quelles sont les
richesses de la gloire de son héritage dans les saints. »
Lorsqu’il s’agit des vases de
miséricorde, toute l’oeuvre est de Dieu, ce qui n’exclut pas la
responsabilité de l’homme de croire à l’Evangile,
lorsqu’ il lui est présenté. C’est Dieu qui avait préparé ces vases de
miséricorde, c’est Lui aussi qui les a appelés. Cet appel est direct pour tout
croyant. Le « nous » du v. 24, ce sont tous les croyants, tous ceux qui ont cru
en Christ, d’entre les païens ou d’entre les Juifs.
La souveraineté de Dieu avait donc préparé pour la gloire des vases de
miséricorde pris d’entre les Juifs et d’entre les païens, ce sont tous ceux qui
croient en Christ dans l’époque actuelle. L’apôtre cite du prophète Osée :
« J’appellerai mon peuple celui qui n’était pas mon peuple, et bien-aimée celle
qui n’était pas bien-aimée… Et il arrivera que dans le lieu où il leur a été
dit : Vous n’êtes pas mon peuple, là ils seront appelés fils du Dieu vivant. »
Quant au peuple juif, ils devaient aussi savoir par les Ecritures, par les
prophètes, que ce n’était pas la masse qui sera bénie à la fin. L’apôtre cite, à
cet effet, Esaïe 10 : 22 – 23, pour montrer que c’est un reste (un résidu) seul
qui sera sauvé au jour où le Seigneur fera une affaire abrégée sur la terre,
c’est-à-dire au jour du jugement exécuté, comme une chose en laquelle Dieu ne
prend pas plaisir. Puis, l’apôtre cite encore, dans le même but, Esaïe 1 : 9.
Ainsi donc, ni pour les Juifs, ni pour les païens, le salut ne s’applique à la
masse, mais aux individus.
Les nations ne poursuivaient en aucune manière la justice (chap. 9 : 30 – 33),
et elles ont trouvé, ou plutôt il a été mis à leur disposition, la justice de
Dieu, ce grand sujet de l’épître aux Romains, et cela, sur le principe de la
foi. Israël, au contraire, poursuivant une loi de justice, n’est pas parvenu à
accomplir cette loi, parce que ce n’a point été sur le principe de la foi, mais
comme sur le principe des oeuvres, et, sur ce terrain-là, ils ont heurté contre
la pierre d’achoppement, qui était Christ en grâce. En Esaïe nous trouvons que
l’Eternel met en Sion une pierre d’achoppement et un rocher de chute, dans la
personne d’un Sauveur venu, non pas pour les justes, mais pour les pécheurs,
tandis que le même prophète dit
que celui qui croit en lui ne sera pas confus.
L’apôtre Pierre cite ces même passages aux croyants auxquels il écrit, et qui
étaient sortis d’entre les Juifs. Il leur rappelle cette pierre vivante, élue,
précieuse, et que celui qui croit en elle ne sera pas confus. Et il ajoute :
« C’est pour vous qui croyez qu’elle a ce prix. » Pour les autres, hélas ! c’est
une pierre d’achoppement et un rocher de chute.
Chapitre 10.
Nous avons vu, au chapitre précédent, que seul un reste devait être sauvé en
Israël. Ici, le souhait du coeur de l’apôtre et sa prière à Dieu est que ce
reste soit aussi grand que possible.
Au chap. 11 : 26, nous verrons que tout Israël sera sauvé, c’est-à-dire l’Israël
de Dieu, et non pas l’ensemble de tous les Israélites selon la chair. Tant que
ce résidu croyant, ce reste, est entouré de méchants en Israël, il porte le
caractère de reste croyant persécuté, mais lorsque le jugement aura fait
disparaître les méchants, alors ce reste deviendra Israël.
Paul déclare dans ce chapitre que ceux qui restaient en dehors de l’évangile,
ceux qui refusaient de croire en Christ, pouvaient avoir du zèle pour Dieu, mais
sans connaissance.
Ils ignoraient la justice de Dieu, et ils cherchaient à établir leur propre
justice, sur le pied de l'obéissance à la loi. Ainsi, ils ne sont pas soumis à
la justice de Dieu. Ils ne voulaient pas accepter le jugement que Dieu a porté
sur l’état de toute homme dans la chair, et surtout de ceux qui, comme Israël,
étaient sous la loi. Il en résultait qu’ils n’acceptaient pas non plus le moyen
de grâce que Dieu a procuré pour sortir de cet état, c’est-à-dire la rédemption
qui est dans le Christ Jésus.
« Car Christ est la fin de la loi en justice à tout croyant. » Ce que la loi
indiquait en figure dans toutes les ordonnances lévitiques, Christ l’a
pleinement accompli, l’ombre des biens à venir a été remplacée par la réalité en
Christ, de sorte qu’une fois arrivé à Christ, c’en est fini de la loi, comme
l’apôtre le dit en Gal. 3 : 24 : « La loi a été notre conducteur jusqu’à Christ. »
L’apôtre parle de deux justices, celle de la loi
et celle de
la foi. Il est bien remarquable que l’apôtre
trouve dans les écrits de Moïse, l’expression de la justice qui est sur le
principe de la foi, aussi bien que celle qui est de la loi. Pour cette dernière,
c’est tout simple : « Celui qui aura pratiqué ces choses vivra par elles, »
c’est-à-dire qu’il aura la vie sauve. C’est, en quelque sorte, une simple
justice humaine. Il n’en est pas de même de la justice qui est sur le principe
de la foi. En Deut. 30, que cite l’apôtre, tout est perdu pour Israël sur le
pied de la responsabilité et de l’obéissance à la loi, mais il y a des promesses
pour un résidu repentant, dont Dieu circoncira le coeur aux derniers jours.
L’apôtre montre que Dieu a devancé la bénédiction pour le croyant, en
accomplissant par Christ la rédemption. Dès lors : « Qui montera au ciel ? » est
un fait accompli en Christ, de même que : « Qui descendra dans l’abîme ? »
Christ est descendu jusque dans le sépulcre et, ressuscité d’entre les morts,
est monté au-dessus de tous les cieux. C’est ce que nous trouvons aussi en Eph.
4 : 9 – 10 : « Or, qu’il soit monté, qu’est-ce, sinon qu’il est aussi descendu
dans les parties inférieures de la terre ? Celui qui est descendu est le même
que celui qui est monté au-dessus de tous les cieux, afin qu’il remplît toutes
choses. » Il s’en suit que maintenant, pour le croyant, « la parole qui est près
de toi, dans ta bouche et dans ton coeur, » c’est l’Evangile. C’est là, la
parole de la foi qui est prêchée.
Là où cette parole est reçue, elle amène à confesser de bouche Jésus comme
Seigneur, et à croire de coeur que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, et
alors on est sauvé. La foi, dans le coeur, c’est ce que Dieu voit, et la
confession de bouche, c’est ce que les hommes entendent. Et l’Ecriture dit :
« Quiconque croit en Lui ne sera pas confus. »
Mais cette dernière déclaration s’appliquant à « quiconque » amène un nouveau
développement en rapport avec le sujet général du chapitre. Nous avons déjà vu
que cette justice, sur le principe de la foi, n’admet pas de différence entre
Juif et Grec ; Jésus est le Seigneur de tous, Juifs ou Grecs, et, dans cette
seigneurie, il lui convient d’être riche envers tous ceux qui l’invoquent, ainsi
que Joël l’avait déjà annoncé : « Car quiconque invoquera le nom du Seigneur
sera sauvé. » Quel bonheur pour nous !
L’ Evangile porte donc un caractère universel. Cet Evangile met l’âme en rapport
avec une personne dont l’autorité est reconnue, c’est le Seigneur, et qu’il
s’agit d’invoquer son nom. Et c’est ici que nous trouvons
la nécessité de la prédication de l’Evangile. Comment invoqueront-ils
celui en qui ils n’ont pas cru ? Et comment croiront-ils en celui dont ils n’ont
point entendu parler ? Et comment entendront-ils sans quelqu’un qui prêche ?
Prêcher l’Evangile, c’est prêcher Christ. C’est le Seigneur Lui-même, le maître
de la moisson, qui pousse ses serviteurs dans sa moisson. Dans l’Ancien
Testament nous lisons déjà : « Combien sont beaux les pieds de ceux qui
annoncent la paix, qui annoncent de bonnes choses. »
« Mais tous n’ont pas obéi à l’évangile, car Esaïe dit : Seigneur, qui est-ce
qui a cru à ce qu’il a entendu de nous ? » Ainsi donc, du temps d’Esaïe, et même
bien avant, comme nous l’avons vu pour Deut. 30, de bonnes nouvelles, des
nouvelles de bonheur, étaient annoncées à Israël. Ce n’était pas le salut
accompli, qui a commencé par être annoncé par le Seigneur, et confirmé ensuite
par ceux qui l’avaient entendu, mais c’était le salut à venir sur le pied de la
grâce et de la nouvelle naissance. Mais : « Qui est-ce qui a cru ? » La foi
seule pouvait les rendre participants des bénédictions annoncées.
Mais « la foi est de ce qu’on entend, et ce qu’on entend par la parole de
Dieu. » La puissance productrice de la foi, c’est la parole de Dieu, cette
parole qui est dite vivante et opérante, et qui communique une semence
incorruptible, une vie qui ne peut pécher. Et quiconque entend la Parole est
responsable de croire, car la puissance est là, et ce n’est qu’en présence de
l’incrédulité du coeur qu’elle n’opère pas.
Tous les hommes avaient ainsi eu un témoignage de la part de Dieu.
Les v. 19 à 20 de notre chapitre nous rappellent qu’Israël aurait dû connaître
ces choses. Moïse était le premier qui l’avait annoncé en Deut. 32 : 21, où
l’Eternel, après avoir prévu que le peuple le rejetterait, dit : « Je vous
exciterai à la jalousie par ce qui n’est pas une nation, et je vous provoquerai
à la colère par une nation sans intelligence. » Puis Esaïe s’enhardit tout à
fait et dit, en parlant des nations : « J’ai été trouvé… » et en parlant
d’Israël, il l’appelle « un peuple rebelle et contredisant. »
Chapitre 11.
Mais Dieu n’a pas rejeté son peuple,
et pour preuve, l’apôtre, lui-même objet de miséricorde, en est témoin, car
« les dons de grâce et l’appel de Dieu sont sans repentir. »
Dans les v. 2 à 5 du chap. 11, l’apôtre rappelle le cas d’Elie qui se croyait
seul fidèle au temps d’Achab et de Jézabel, et qui faisait re-quête à Dieu
contre Israël, en contraste avec Moïse. Elie, découragé, se croyait seul, et
pourtant, il savait qu’ Abdias avait préservé cent prophètes de l’Eternel pour
les faire échapper à la méchanceté de Jézabel. Alors l’Eternel lui révèle qu’il
s’est réservé sept mille hommes – un nombre complet – qui n’avaient pas fléchi
le genou devant Baal. Ce reste croyant n’avait pas la force de se montrer
publiquement pour l’Eternel, mais il lui était tenu compte de s’être abstenu de
participer à l’idolâtrie. Dieu ne se laisse jamais sans témoignage, et il
connaît ses témoins avant que ceux-ci soient publiquement manifestés. Et
l’apôtre conclut : « Ainsi donc, au temps actuel aussi, il y a un reste selon
l’élection de la grâce. » Effectivement, il y avait, du temps de l’apôtre, des
milliers de Juifs qui avaient cru en Christ et qui formaient ce reste croyant.
C’est par grâce que Dieu se suscite des témoins fidèles, de sorte que le
principe des oeuvres est totalement exclu, autrement ce ne serait pas la grâce ;
c’est pourquoi, Israël, ayant voulu se placer sur le principe des oeuvres, n’a
rien obtenu. Mais le groupe, préconnu de Dieu parmi les Juifs, l’élection qui
est sur le principe de la grâce, l’a obtenu, et les autres ont été endurcis. Au
reste, cet endurcissement avait aussi été prévu par l’Ecriture. Moïse, d’une
part, Esaïe, d’autre part, avaient prédit cet endurcissement.
Israël n’a pas bronché, afin qu’ils tombassent sans retour, mais il fallait que
les voies de Dieu relativement aux nations s’accomplissent. Lorsque Israël est
mis de côté, la bénédiction s’étend aux nations. Par la chute des Juifs, le
salut parvient aux nations, pour exciter les Juifs à la jalousie.
Dans
les versets suivants, l’apôtre signale les richesses des voies de Dieu. Si la
mise de côté d’Israël comme nation a été l’occasion d’enri-chir le monde, quelle
ne sera pas sa plénitude, c’est-à-dire le moment où l’ensemble des bénédictions
qui lui ont été promises sur le pied de la grâce, lui seront accordées ? Ce sera
comme un surcroît de richesse pour les nations. « Car si leur réjection
est la réconciliation du monde, quelle sera leur réception, sinon la vie d’entre
les morts ? » A ce moment, en effet, tout sera moralement renouvelé en puissance
de résurrection : Israël, restauré, vivifié, selon Ezéchiel 37 ; les nations
bénies sur la terre, la création délivrée de la servitude de la corruption,
l’église glorifiée et manifestée avec Celui qui l’a unie à Lui dans son triomphe
sur la mort. Ce sera bien vraiment alors, à tous les points de vue, la vie
d’entre les morts. En attendant, Paul, tout en faisant valoir son ministère
comme apôtre des nations, nous montre l’intérêt constant qu’il porte à son
peuple, qu’il appelle ici sa race, qu’il voudrait exciter à la jalousie, de
sorte que plusieurs d’entre ce peuple fussent sauvés.
Ensuite nous entrons dans un nouveau sujet : Quelle a été la position
respective, d’Israël, et des nations, du point de vue de Dieu et de Son
témoignage sur la terre.
Dieu avait fait à Abraham des promesses de bénédiction, à la suite de sa foi,
promesses inconditionnelles quant à leur accomplissement. C’est l’histoire de
cet accomplissement des promesse qui nous est donnée ici sous la figure d’un
arbre, un olivier, dont Abraham était la racine. Cette racine prenant sa
nourriture en Dieu même, dans sa parole immuable, ne peut manquer de se
développer : la racine est sainte. Abraham, le premier, saisissant la promesse
par la foi, a goûté les prémices des bénédictions à venir. Ces prémices sont
saintes, la masse ou les branches le sont aussi. Au point de vue de la mise à
part par Dieu et pour Dieu, cet arbre des promesses était saint, racine, tronc
et branches. Voilà l’aspect général de cet arbre. Et, en passant, nous pouvons
remarquer que cet arbre, étant un olivier, est celui qui produit la graisse par
laquelle Dieu et les hommes sont honorés.
Le tronc et les branches de cet arbre ont été Israël, les descendants directs
d’Abraham, car il s’agit ici de ce qui se manifeste sur
la terre, extérieurement,
et non de la descendance spirituelle d’Abraham comme père des croyants. Or, il
est arrivé que quelques-unes des branches ont été
arrachées, non pas toutes, puisqu’il restait un résidu selon l’élection de la
grâce, dont Paul faisait partie, et un olivier sauvage (les païens) a été greffé
au lieu de ces branches, toujours au point de vue du témoignage sur la terre.
Cet olivier sauvage est devenu co-participant de la racine et de la graisse de
l’olivier, de ce qu’il y avait de saint et de divin dans l’arbre, mais sur un
principe de grâce qui exclut toujours la vanterie. Ce n’est donc pas que les
nations soient quelque chose de plus ou de meilleur que les Juifs ; non, elles
sont simplement devenues objets de grâce et rattachées, comme telles, à la
racine qui est toute de grâce. Il importe que les rôles ne soient pas renversés.
C’est la racine qui porte l’olivier sauvage, et non l’olivier sauvage qui porte
la racine. Remarquons aussi que ce n’est pas la greffe qui est bonne, c’est la
racine.
Si des branches de l’olivier franc ont été arrachées, c’est à cause de leur
incrédulité, et les païens ont été amenés à jouir des richesses naturelles à
l’arbre des promesses, mais ils ne sont debout que sur le principe de la foi, de
sorte qu’ils n’ont pas à s’enorgueillir.
Si les païens abandonnent ce principe, ils perdront leur place dans l’arbre des
promesses, comme les Juifs incrédules ont perdu la leur. Ils sont donc invités à
considérer la bonté de Dieu pour y persévérer sur le pied de la foi, sans quoi
les branches de l’olivier sauvage seront coupées à leur tour.
Quant aux branches juives retranchées à cause de leur incrédulité, il y a encore
de l’espoir pour elles, parce que Dieu est puissant pour les greffer sur leur
propre olivier, toujours sur le principe de la foi, c’est-à-dire pour les
rétablir de nouveau dans la position qu’elles occupaient moralement dans l’arbre
des promesses.
D’ailleurs, l’apôtre révèle à cet égard un mystère qui correspond à
l’accomplissement d’un conseil positif de Dieu, de sorte que les païens
n’avaient pas à s’en prévaloir, c’est qu’un endurcissement
« partiel » (toujours la pensée que quelques-uns n’ont pas été endurcis)
est arrivé à Israël jusqu’à ce que la
plénitude ou totalité
des nations soit entrée. Ce qui ne veut pas dire toutes les nations, mais la
totalité de ceux qui sont introduits sur le pied de la foi.
Après cela, tout Israël sera sauvé – sera sauvé comme un tout. Le reste, formé
de ceux qui croiront, sera amené comme étant le peuple de Dieu, reconnu de Lui,
en relation avec Lui. Christ sortira de Sion comme du siège de sa puissance et
détournera l’impiété de Jacob, l’établissant en grâce dans le bénéfice de la
nouvelle alliance ; « J’ôterai leurs péchés. »
Les versets 28 et 29 du chap. 11 montrent qu’Israël n’est pas rejeté, car tout
en étant ennemis en ce qui concerne l’évangile pour le temps présent, qui est
celui de l’appel des nations, les Israélites sont pourtant bien-aimés à cause
des pères. Dieu ne se repent pas de ses conseils de grâce, ni de l’appel qui
doit en assurer l’exécution.
Puis, dans les versets 30 à 32, nous voyons que, si le conseil de Dieu demeure
immuable, la manière dont ce conseil s’accomplit fait ressortir la sagesse
merveilleuse de Dieu et provoque un cri d’admiration et de louange.
Les païens sont restés longtemps dans la désobéissance de l’incrédulité, mais
Dieu intervient en grâce. Alors les Juifs s’opposent à cette grâce et perdent
tout
droit aux promesses par leur incrédulité. Sans doute, les promesses
demeurent et doivent s’accomplir, puisqu’elles sont inconditionnelles, mais un
Juif, de même qu’un pauvre païen, doit recevoir l’effet de la promesse sur le
pied de la pure miséricorde et de la souveraine grâce de Dieu. Ce n’est pas que
la pensée de Dieu ait changé à l’égard de l’accomplissement de ses promesses,
car lorsqu’il les a faites sans condition, il était déjà dans sa pensée de les
réaliser par pure miséricorde, tant à l’égard des Juifs qu’à l’égard des païens.
Dès lors, dans ses voies, tous ont été renfermés sous la désobéissance, afin de
faire miséricorde à tous. C’était le seul moyen d’assurer l’effet des promesses.
On voit là combien Dieu est riche et sage, et comme il connaît bien le coeur de
l’homme, incapable de rien produire et même de rien recevoir, si ce n’est sur le
pied de la grâce. C’est pourquoi l’apôtre rappelle qu’une telle pensée, ainsi
que les voies qui en ont assuré la réalisation, est de Dieu seul. C’est aussi
par Lui seul qu’elle a pu s’accomplir, en donnant son Fils, et c’est pour sa
gloire que tout sera manifesté, ainsi que pour la satisfaction de son propre
coeur. Ainsi : « A lui soit la gloire éternellement. Amen. »
Ainsi se termine cette merveilleuse partie de l’Epître aux Romains qui déroule
devant nous, les conseils et les voies de Dieu pour l’humanité tout entière,
avec une ampleur de vue incomparable. Ainsi aussi est conciliée la grâce
souveraine et universelle de Dieu avec les privilèges particuliers d’Israël,
basés sur la fidélité de Dieu.
Paul
Christiaanse
Avenue de l’Observatoire 1, bte 10
1180 – Bruxelles
Belgique
Tél. 02 372 22 80
E-mail :
christiaanse@skynet.be
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